Par ses idées, par son expérience, son acuité de la scène politique, L Jospin a encore beaucoup à nous apprendre et peut apporter beaucoup à notre refondation. Lors des débats récents, il est apparu intellectuellement dense comme à son habitude, et surtout refusant la psychologie de comptoir. Et c’est là qu’on se rend compte que Jospin en effet, n’a jamais souhaité étaler sa vie aux journaux, nous parler de son passé, de sa famille, pour se concentrer uniquement sur les idées et les responsabilités. Cette attitude est digne et elle à mettre en exergue dans une société de plus en plus soumise à l’apparence et à la vie privée, où d’aucuns n’hésitent plus à faire étalage de leur vie privée comme de leur passé pour se faire plaindre, vendre ou que sais-je encore… Je n’approuve pas cette attitude que je juge malsaine et anti-intellectuelle.
De plus, en revenant sur la défaite de 2002 sans ambiguité dans ce livre et en faisant le constat des échecs successifs depuis, il offre un terrain fertile et propice à une refondation claire que j’encourage fortement.
Concentrons-nous maintenant, ces remarques faites, sur le propos de l’article.

Je me propose très modestement, sinon de proposer une analyse de détails qui déflorerait le texte, ce qui n’est pas mon optique, en tout cas de donner de L’impasse écrit par Lionel Jospin, une sorte de synthèse à coup de grande louche , en partant biensûr d’une mise en contexte, sur la nature même de l’ouvrage, son sens, sa dynamique et sa motivation, puis en donnant quelques pistes qui s’en dégagent, citations et arguments qui me semblent dignes d’intérêt. J’espère que cet article vous donnera l’envie de vous diriger dans vos librairies ou bibliothèques pour le lire.
Tout d’abord, je tiens à dire que je ne comprends pas l’aigreur de certains. Je peux saisir que certains soient encore sous le choc de sa décision de 2002, néanmoins je suis vraiment très choqué de sentir parfois un irrespect envers un membre qui a tant apporté au socialisme et à notre pays. Bon sang, ce n’est pas parce qu’on échoue, ce n’est pas parce qu’on prend la décision de se retirer, qu’on n’est plus rien, qu’on n’a plus droit au respect, qu’on n’a plus le droit d’agir pour son pays, ainsi que de réagir.
« Je serai toujours l’homme du 21 avril 2002, mais je serai aussi l’homme qui a conduit les socialistes à la victoire en 1997 et qui ai gouverné mon pays pendant cinq ans. »
Lui donner la responsabilité de ce qui se passe aujourd’hui au PS, je trouve ça scandaleux et faux. Il s’agit de s’en expliquer précisément.C’est déjà assez lourd de porter la responsabilité d’une défaite présidentielle, et d’une montée du nationalisme au second tour, inutile d’exagérer les choses
Par ailleurs, je suis toujours surpris de lire des propos frontaux et durs sans la moindre argumentation derrière.
Enfin, critiquer un livre qu’on n’a pas lu, en politique comme en littérature, c’est pour moi la pire des aberrations, et ça renvoie à une forme d’obscurantisme très marquée.
J’estime qu’on peut critiquer avec un raisonnement, des exemples, et sans violence. En politique, où le débat s’échauffe vite, la moindre des choses est d’argumenter.
Biensûr que Lionel Jospin a sa part relative de responsabilité dans l’impasse dans laquelle nous nous trouvons. Mais il ne l’a pas caché, jamais. Il l’a assumée en se retirant, attitude noble et digne. Peut-on en dire autant de la candidate malheureuse.?
Le livre L’impasse s’ouvre sur la défaite de 2002 qu’il assume et sur laqulle il revient sans mal. Dans le monde comme je le vois, il revenait aussi sur sa défaite, et j’avais apprécié son compte-rendu, celui d’un homme qui parvient -non sans difficultés sans doute-, à surpasser sa blessure, pour montrer que sa défaite, il faut …
… la considérer non pas égoïstement, mais du point de vue utile, général. Et c’est pourquoi je trouve que le chapitre Le mal institutionnel français est vraiment le plus intéressant de son travail. Il montre que cet homme consacre à la politique une place de premier choix, biensûr, comme tout le monde il a été séduit par les lucioles de la popularité, par le pouvoir et son exercice, mais son travail est de qualité, c’est un homme qui réfléchit, et c’est aussi, quoiqu’on dise, un homme intelligent.
Ainsi doit-on considérer L’impasse, qui ne vise pas à démollir une personnalité comme certains journaux aigris ont voulu le laisser penser, mais à analyser les ressorts d’une défaite qui devait être une victoire compte-tenu du bilan catastrophique de la droite.
Par sa distance avec son propre parti (un comble pour une formation politique comme le PS!!), la faiblesse de ses méthodes (les jurys citoyens sont un leurre de la démocratie faussement participative, alors que la démocratie se base essentiellement sur sa représentativité tenue par les élites républicaines), font que la défaite est proprement celle de Ségolène Royal, celle-ci ayant voulu prendre sa liberté au détriment de sa famille politique. Lionel Jospin développe ces thèmes avec la distance qu’il a et sa connaissance fine du mouvemement socialiste et des élections.
Dans Le temps de répondre, avant même la défaite cuisante de 2002, il avait écrit sans le savoir quelle serait sa réaction, si vive, si douloureuse pour tant de militants, et en même temps si digne, le soir du 21 avril.
C’est au moment où il parle du départ de De Gaulle. Biensûr, ce n’est pas comparable… Evidemment.
Mais voici ce qu’il dit:
« Je suis sensible au fait que le Président met ses actes en accord avec ses paroles: il n’a plus la confiance du peuple, cette confiance est pour lui indispensable, donc il part.Voilà un homme d’état qui ne se renie pas et reste en cohérence avec lui-même »Finalement, quand on lit bien ces confessions de 2002 de LJ, on se rend compte que sa réaction n’est pas surprenante du tout. Il est premier ministre, il est un homme d’état, il n’a plus la confiance du peuple, il se retire.
Et dans L’impasse, se met au jour une analyse qui dépasse sa propre personnalité mais tente de nous mettre en garde contre une personnalité incertaine, grisée par les foules sentimentales qu’elle s’évertue à créer, comme un culte de la personnalité, tout en critiquant avec pertinence la présidence effrénée qui s’ouvre sous l’hégémonie sarkozyste.
Car l’impasse, c’est aussi une invitation à en sortir. Comment sortir d’une impasse.? En revenant en arrière sur les fondamentaux, comme il le dit lui-même, donc en prenant le passé socialiste comme un socle crucial sur lequel s’appuyer. Ségolène Royal, en faisant comme si le gouvernement Jospin n’avait jamais existé (alors même qu’elle y a participé cinq ans!! On ne peut pas faire plus impressionnant!!), a créé son propre échec, car s’il y a bien un gouvernement qui a été une franche réussite, c’est bien celui-ci. Lourde erreur.
J’espère que certains ici se rendent compte qu’on peut reprocher des choses à Jospin, mais il a le mérite de la continuité, il a le mérite d’être sincère et digne dans ses agissements. Et il fait bien concorder ses actes avec ses paroles. Et le mérite d’une écriture souple, fine et rigoureuse, celle précisément que l’on retrouve dans les chapitres de L’impasse.
Le chapitre de la droite à la droite mérite notre attention. Il s’évertue à montrer que le bilan de la droite est le déjà le sien, puisqu’elle se succède à elle-même. Le président ne peut imputer qu’à lui-même la situation de crise dans laquelle nous nous trouvons…
J’ai eu la chance et le privilège dimanche dernier de rencontrer M. Lionel Jospin, à la suite d’un débat d’idées conduit par Serge Moati sur France 5, au sujet de livre L’impasse, que je vous conseille fortement.

A la fin de l’échange, animé et particulièrement intéressant, je suis allé à sa rencontre pour lui faire part de mes impressions sur son travail, et naturellement l’en féliciter. Très modeste et particulièrement sympathique, il m’a laissé un mot sur mon livre en me remerciant. On a échangé un rire complice tous deux au moment où il m’a demandé mon prénom pour personnaliser la dédicace. (Comprenne qui pourra).
Sur cette photo que j’ai prise, (qui est en fait une capture de vidéo) vous voyez Lionel Jospin signer son livre à Guillaume Bachelay, auteur du livre Désert d’avenir, fabiusien et intervenant lors du débat.
Par ses idées, par son expérience, son acuité de la scène politique, il a encore beaucoup à nous apprendre et peut apporter beaucoup à notre refondation. Lors du débat, il est apparu intellectuellement dense comme à son habitude, et surtout refusant la psychologie de comptoir. Et c’est là qu’on se rend compte que Jospin en effet, n’a jamais souhaité étaler sa vie aux journaux, nous parler de son passé, de sa famille, pour se concentrer uniquement sur les idées et les responsabilités. Cette attitude est digne et elle à mettre en exergue dans une société de plus en plus soumise à l’apparence et à la vie privée, où d’aucuns n’hésitent plus à faire étalage de leur vie privée comme de leur passé pour se faire plaindre, vendre ou que sais-je encore… Je n’approuve pas cette attitude que je juge malsaine et anti-intellectuelle.
De plus, en revenant sur la défaite de 2002 sans ambiguité dans ce livre et en faisant le constat des échecs successifs depuis, il offre un terrain fertile et propice à une refondation claire.
Très cordialement,
LG
